Surchauffe urbaine et santé :
comprendre les risques pour mieux protéger les habitants
Ce qu’il faut retenir
- En 2025, plus de 5 700 décès sont attribuables à une exposition de la population à la chaleur sur l’ensemble de la période de surveillance de l’été.
- Certains habitants sont plus exposés que d'autres du fait de vulnérabilités liées à l’âge, à la condition physique, à l’activité professionnelle ou au milieu social.
- Certaines solutions de rafraîchissement apportent plus de bénéfices pour la santé que d'autres : la végétalisation, par exemple, a un effet avéré sur la santé mentale.
- Rafraîchir les espaces publics améliore la santé physique et mentale tout en favorisant les liens sociaux.
1. La chaleur est dangereuse pour la santé
Pendant une canicule, l'épuisement de l'organisme se traduit par une très grande diversité d'effets sanitaires (symptômes cardiovasculaires, respiratoires, digestifs, rénaux, malaises, coups de chaleur, déshydratation...).
Une pyramide illustre la relation entre la gravité des effets et la taille de la population touchée. De la base (population la plus large) au sommet (population la plus restreinte), on trouve : Symptômes sans prise en charge médicale, Consultations médicales, Passages aux urgences, Hospitalisations, et Mortalité.
Chiffres clés entre 2014 et 2019 pendant les canicules :
- 5 700 décès en France métropolitaine.
- 5 200 passages aux urgences pour coups de chaleur, dont près de 1 500 enfants.
- 5 900 passages aux urgences pour déshydratation, dont 3 500 personnes âgées.
2. Les risques augmentent en fonction de l'environnement urbain
Il fait plus chaud dans les zones plus denses et minéralisées. Le risque de mortalité est plus grand dans les communes qui ont le moins de végétation, d'arbres et des sols plus artificialisés.
Un schéma illustre l'effet d'îlot de chaleur urbain, montrant qu'il fait de 2 à 6 degrés Celsius en plus dans les centres-villes denses par rapport aux zones de campagne végétalisées.
Le risque de mortalité lié à la chaleur est 18 % plus grand dans les communes les moins arborées (selon une étude menée en Île-de-France).
3. Vivre avec ce nouveau climat
- Réduire la chaleur en ville : végétalisation, désartificialisation des sols, choix des matériaux de construction...
- Adopter les bons réflexes en période de canicule : éviter les activités physiques intenses, fermer les volets et fenêtres le jour, aérer la nuit, boire de l'eau, se mouiller le corps, donner et prendre des nouvelles de ses proches...
Comment la chaleur affecte-t-elle le corps humain ?
Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS) l’impact du changement climatique est « l’un des plus grands défis sanitaires du XXIe siècle ». Cinq fois plus d'humains mourront à cause de la chaleur extrême d'ici 2050, d'après le "compte à rebours" du Lancet.
Les travaux de Santé publique France montrent que tout le monde est vulnérable à la chaleur, à différents degrés selon son exposition, sa condition physique et son environnement. Cette vulnérabilité peut changer d’un jour à l’autre.
Concrètement, quand les températures extérieures occasionnent une température du corps dépassant 39 °C à 40 °C, c’est le coup de chaleur. La peau devient sèche et chaude, et on observe des dysfonctionnements circulatoires, rénaux, cardiaques et neurologiques. Si la chaleur augmente encore et se maintient, d’autres phénomènes se produisent, comme la liquéfaction des membranes cellulaires et une coagulation, avec pour conséquence une nécrose et une dégradation d’organes majeurs.
Qui sont les personnes les plus vulnérables face à la chaleur en ville ?
Tous les habitants ne sont pas égaux face à la chaleur. Identifier et protéger les populations les plus vulnérables est indispensable pour prioriser les actions de projets de rafraîchissement urbain.
Les groupes de populations à risque élevé :
- Les enfants et personnes âgées dont la thermorégulation est moins efficace ;
- Les populations ayant certaines conditions physiques, pathologies ou traitements médicamenteux qui affectent la thermorégulation.
- Les femmes enceintes : risque de prématurité, de petit poids de naissance pour l’enfant à naître, ou encore mort fœtale in utero.
- Travailleurs exposés : ouvriers, sportifs, agents de terrain.
- Habitants de quartiers surchauffés ou de logements mal isolés : résider dans une zone chaude la nuit pendant plusieurs jours multiplie le risque de décès par 2 à 3, habiter sous les toits le multiplie par 4.
Légende des niveaux d'acclimatation : Très mal acclimatée (risque fort), Partiellement acclimatée (risque modéré), Très bien acclimatée (risque faible).
| Population | Chaleur modérée | Chaleur forte | Chaleur intense |
|---|---|---|---|
| Personnes sans-abri | Très mal acclimatée | Très mal acclimatée | Très mal acclimatée |
| Personnes fragiles (mauvaise santé, habitat surexposé à la chaleur) | Très mal acclimatée | Très mal acclimatée | Très mal acclimatée |
| Travailleurs surexposés à la chaleur | Partiellement acclimatée | Très mal acclimatée | Très mal acclimatée |
| Nourrissons et personnes âgées | Partiellement acclimatée | Très mal acclimatée | Très mal acclimatée |
| Adultes et enfants en bonne santé, passant beaucoup de temps à l'intérieur et plutôt sédentaires | Très bien acclimatée | Partiellement acclimatée | Très mal acclimatée |
| Adultes et enfants en bonne santé et pratiquant une activité physique régulière | Très bien acclimatée | Très bien acclimatée | Partiellement acclimatée |
| Adultes en très bonne santé et pratiquant une activité physique régulière et soutenue | Très bien acclimatée | Très bien acclimatée | Très bien acclimatée |
Les femmes sont également plus vulnérables. Le risque de décès lié à la chaleur est légèrement plus élevé pour les hommes de moins de 65 ans (possiblement en lien avec des expositions professionnelles) alors qu’il est beaucoup plus marqué chez les femmes de plus de 65 ans.
Pour aller plus loin, découvrez les méthodes de diagnostic : Identifier les vulnérabilités face aux vagues de chaleur et Comprendre comment les habitants ressentent la chaleur.
Quelles sont les conséquences de la chaleur sur la mortalité ?
La chaleur a un vrai impact sur la santé. Ce n’est pas qu’une question de confort.
Santé publique France a comparé les personnes décédées pendant la canicule de 2003 avec celles qui ont survécu.
Les résultats sont clairs :
- Risque de décès multiplié par 4 à 10 pour les personnes en perte d’autonomie ;
- Multiplié par 4 pour les ouvriers ;
- Multiplié par 4 pour les habitants d’une chambre sous les toits ;
- Multiplié par 3,5 à 5 pour les personnes présentant certaines pathologies chroniques ;
- Multiplié par 2 à 3 pour les habitants de quartiers exposés à la surchauffe la nuit pendant plusieurs jours.
Mise au point : « santé », de quoi parle-t-on ?
L'OMS, dans sa Constitution de 1948, a défini la santé humaine comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité ». Être en bonne santé ne signifie donc pas uniquement « ne pas être malade ». Il s’agit de réunir les conditions physiques, mentales et sociales qui permettent le plein épanouissement.
Pour un projet de rafraîchissement urbain cela donne un cap. Une solution qui baisse les températures, mais isole les habitants socialement n'est pas une solution favorable à la santé. Une solution qui, en plus de rafraîchir, crée un espace de vie agréable, favorise le lien social et encourage la mobilité active l'est.
L’urbanisme favorable à la santé, démarche de l’OMS introduite en France dans les années 2010, est une approche qui vise à faire de la santé et du bien-être des critères majeurs et objectivés d’élaboration des politiques d’aménagement et d’urbanisme.
Solutions de rafraichissement et santé : une compatibilité systématique ?
Les solutions qui visent à rafraîchir nos villes et villages vont naturellement dans le sens de la santé : rendre les villes encore vivables et habitables dans une France à +4 °C, c’est protéger leurs habitants Certaines solutions présentent plus de co-bénéfices que d’autres.
Prenons deux exemples. Des brise-soleil, s’ils réduisent la température ressentie, auront un impact global moins important sur la santé que le renfort de la végétalisation. En effet, si une diminution des températures est mesurable dans les deux cas, la végétalisation présentera de nombreux co-bénéfices supplémentaires : motivation pour l’activité physique, restauration de la capacité d’attention, détente, sociabilisation, etc.
Certaines solutions de rafraichissement urbain peuvent présenter des effets contreproductifs, et méritent une attention particulière ;
- Les jeux d’eau : s’ils procurent une sensation immédiate de fraicheur, ils peuvent faire oublier les effets du rayonnement solaire et les risques pour la peau. On observe souvent des enfants jouer en maillot de bain ou en tenue légère sur des plages horaires où il ne faudrait normalement pas s’exposer.
- Les revêtements à albédo élevé comme des sols blancs : s’ils permettent une baisse effective de la température de l’air, ils renvoient les UV vers les usagers et peuvent éblouir augmentent le risque de cancer de la peau.
Globalement, rafraichir les espaces publics permet une amélioration substantielle de toutes les composantes de la santé.
Les solutions les plus favorables à la santé
Allez sur l’espace projet pour faire votre combinaison de solutions les plus favorables à la santé pour votre espace.
En savoir plus
- Chaleur et santé. Bilan de l’été 2025. Santé publique France
- Santé publique France. 2025. Paroles d'experts. Adapter les environnements urbains aux vagues de chaleur. Événement du 20 juin 2024.
- Etude sur la canicule de 2003. Santé publique France
- Santé publique France. 2025. Paroles d’experts. Adapter les environnements urbains aux vagues de chaleur : une nécessité pour protéger la santé publique ? ; Événement du 20 juin 2024. Saint-Maurice : Santé publique France.
Extraits tirés des interventions de Jean-François Toussaint, Mathilde Pascal et Karine Laaidi (Santé Publique France)
















